Betty Bonifassi à l’Astral: O Lomax where art thou ?

Bonifassi-Astral-Luc-Ferland-4 Fidèle à sa réputation de pyromane des temps modernes, Béatrice « Betty » Bonifassi, alias Black Betty, a fait fondre l’Astral lors de la Nuit Blanche, avec son projet Chants d’esclaves, chants d’espoir, en hommage aux chansons noires des années 20.

Tout à commencer dès les premières notes de la pièce Prettiest Train, qui ouvre également l’album Betty Bonifassi, lancé en octobre 2014. Puis a suivi la chanson No more my Lawrd et No Coffee. À guichets fermés, l’ex-membre de Beast a fait un parcours sans-faute, laissant souvent bouche-bée un public parfois mi-figue, mi-raisin.

Une fois les salutations d’usage transmises, l’artiste a invité le public à se joindre à elle pour une journée dans la vie d’esclave. Pas forcément drôle au regard de la lourde tâche qui l’attendait. La chanteuse a d’ailleurs promis que le périple n’allait pas être de tout repos puisqu’il n’y avait pas d’entracte prévu au cours du spectacle. «Préparez vos pieds», a-t-elle lancé au public.

Bonifassi-Astral-Luc-Ferland-8Sur scène, Bonifassi était accompagnée de trois musiciens : au clavier, à la batterie ainsi qu’à la guitare. Derrière eux, un écran avait judicieusement été placé, distillant tout au long de la soirée des images d’archives de population noire américaine.

Dans l’adversité, a-t-elle expliqué, les esclaves s’étaient inventés un « langage secret », car ils étaient « infiniment intelligents ». Et quiconque a fouillé un peu sur le travail des ethnomusicologues John et Alan Lomax ne pourra qu’abonder dans ce sens.

Le père et le fils avaient parcouru une bonne partie du sud des États unis entre 1932 et 1948 dans l’objectif de collecter compiler et archiver ces chants d’esclaves aussi bien dans les prisons, les fermes que les chantiers de construction.

Si le père et le fils Lomax avaient imaginé un seul instant qu’un jour, une Niçoise, un peu Montréalaise, un peu Yougoslave, se serait appropriée leur travail aussi efficacement, ils auraient sans doute fait un crochet en Nouvelle-France.

« Cet album est un hommage à la force de résilience, à la dignité et à la beauté des esclaves Africains déportés en Amérique à des fins de main-d’oeuvre. L’Afrique a construit l’Amérique dans sa structure comme dans son art, au prix de son sang. Grâce à M. Alan Lomax, nous avons pu entendre ces chants 100 ans plus tard, afin de ne jamais oublier… » extrait du site internet bettybonifassi.com

Bonifassi-Astral-Luc-Ferland-2À l’Astral ce soir là, l’instant d’un titre, Bonifassi s’est transformée en Black Betty avant d’égrener plus d’une demi-douzaine de chansons, et ce, sans se lasser.

Elle a même dû reprendre une deuxième fois, en rappel, la pièce No more à cause d’une public qui se refusait à toute satiété artistique. Avant celà, il aura fallu que la voix chaude et puissante des Triplettes de Belleville descende dans la foule pour désinhiber un public maladroitement poli (Nonobstant un aficionados qui n’a cessé de gueuler « Betty, je t’aime »).

Dans les autres moments forts de la soirée, notons l’interprétation de Berta, et aussi de la ballade Working Down qui annonçait le coucher du soleil et la fin de journée de ce périple.

Depuis le début de l’année, Betty Bonifassi est en tournée. Avant l’Astral, elle a d’ailleurs fait une escale en Hexagone, ou elle s’est produite au Divan du monde (Paris), au Musée du Château des Ducs de Wurtemberg (Montbélliard), à la Maison de la négritude et des droits de l’Homme (Champagney) et au Temple Saint-Étienne, à Mulhouse.

Au cours des prochains jours et mois, elle se rendra à Québec, Sept-Iles, Rimouski, Carleton, Sherbrooke, Trois-Rivières, Bécancourt, et Val-Morin.

Photos: Luc Ferland

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